La mer est la même pour tout le monde ; ce qui change, c'est celui qui tient la barre





Il y a quelque chose que l'on découvre quand on navigue. Je t'ai déjà parlé de mon expérience sur la ligne Barcelone-Minorque.
Le vent est le même.
Le temps est le même.
La distance reste la même.
Et la mer non plus.
Cependant, tous les bateaux n'effectuent pas la traversée de la même manière.
Certains se distinguent par leur faible consommation de carburant, leur trajectoire stable et leur équipage serein.
D'autres s'accompagnent de détours inutiles, de manœuvres forcées et du sentiment d'avoir passé son temps à réagir.
La différence ne réside pas dans la mer.
Tout dépend de la manière dont on a tenu la barre et des décisions prises en cours de route.
Et cela tient en grande partie à la manière dont les entreprises gèrent leur consommation d'énergie aujourd'hui.
Dans de nombreux comités de direction, l'énergie est encore considérée comme une catégorie parmi d'autres : elle fait l'objet de délégations, de négociations, d'approbations, puis est classée sans suite.
Tant qu'il n'y a pas de surprise, personne ne remet cela en question.
Mais lorsqu'on analyse l'évolution du marché de l'énergie, telle qu'elle ressort des rapports techniques ERA Group, on se rend compte qu'il ne s'agit pas d'une dépense stable.
Il s'agit d'un facteur qui a une incidence directe sur les marges, les prévisions financières et la compétitivité.
Et lorsqu'un facteur peut faire varier votre marge en l'espace de quelques mois, il ne s'agit plus d'une simple question opérationnelle.
Cela relève alors de la gouvernance.
Car ce n'est pas un problème technique.
Il s'agit d'une décision stratégique qui porte sur le niveau de risque que vous êtes prêt à assumer, les critères que vous utilisez pour acheter et la personne qui doit rendre des comptes lorsque le marché devient tendu.

En mer, ce n’est pas le navire le plus coûteux qui l’emporte, mais celui qui sait lire le vent et ajuster ses voiles au bon moment.
On observe un phénomène très similaire dans le secteur de l'énergie.
Il ne s'agit pas simplement de fixer un prix ou de s'aligner sur un indice.
Tout dépend du niveau de risque que vous êtes prêt à prendre et des critères que vous vous fixez.
Car fixer un prix sans stratégie peut coûter cher.
L'indexation sans contrôle peut aussi l'être.
Ce qui est vraiment dangereux, ce n'est pas de choisir le mauvais modèle.
C'est le fait de ne pas avoir de stratégie bien définie avant que le marché ne bouge.
Lorsque vous prenez une décision sans cadre de référence préalable, sans prendre les rênes, vous ne faites que réagir.
C'est la conséquence.
Prendre les devants dans le domaine de l'énergie, c'est définir une politique claire avant que le marché ne bouge.
Cela implique :
Aucun contrat ne peut à lui seul remplir ces fonctions.
Ce sont les dirigeants de l'entreprise qui s'en chargent.
Sur un voilier, on peut avoir le meilleur équipement qui soit, mais si le capitaine ne décide pas de la route à suivre, des ajustements à effectuer et des manœuvres à réaliser, le bateau ne navigue pas : il dérive.
Dans le domaine de l'énergie, c'est exactement la même chose.

En matière d'optimisation des coûts, disposer d'une vue d'ensemble détaillée n'est ni un luxe ni un dîner de gala sur le pont ; c'est une nécessité pour pouvoir choisir et prendre le contrôle.
L'information n'est pas un outil d'aide à la décision.
Au cas où vous ne le sauriez pas :
Dans ce cas, vous ne gérez pas l'énergie.
Tu te contentes d'accepter tout ce qui se présente à toi.
Et accepter tout ce qui se présente sur un marché volatil n'est pas une attitude neutre.
Cela revient à prendre un risque sans en avoir décidé ainsi.
La mesure n'élimine pas la volatilité.
Mais cela vous permet d'anticiper les scénarios, d'adapter votre stratégie et d'éviter que le marché ne dicte vos résultats financiers sans votre accord.
La boussole ne navigue pas à ta place.
Il arrive que le marché de l'énergie connaisse des tensions.
Les prix évoluent rapidement. Les décisions sont prises plus vite. La pression sur les marges s'accentue.
Dans ces circonstances, l'exposition de chaque entreprise évolue.
Ceux qui ont défini leur politique énergétique agissent en se laissant une marge de manœuvre.
Ceux qui ne l'ont pas fait s'en sortent comme ils peuvent.
Et l'improvisation, dans des contextes instables, est rarement neutre.
Et l'improvisation, dans des contextes instables, est rarement neutre.
Il ne s'agit pas de prédire le prochain mouvement du marché. Il s'agit d'avoir décidé à l'avance comment vous allez réagir lorsque cela se produira.
Car quand le vent tourne, on n'a pas le temps d'élaborer une stratégie.
Il ne reste plus qu'à mettre en œuvre celle que vous aviez déjà.
Si l'énergie représente une part importante de vos coûts, le débat ne devrait plus se limiter à :
« Est-ce qu'on a obtenu un bon prix ? »
Ça devrait être autre chose.
Car le prix n'est qu'une conséquence.
La véritable question est de savoir si l'énergie fait l'objet d'une réglementation ou si elle est simplement négociée.
Et négocier sans cadre stratégique, c'est se laisser porter par l'instant présent.
Gouverner, c'est prendre des décisions avant que le marché ne le fasse à votre place.

Le marché de l'énergie est le même pour tout le monde.
Les règles sont les mêmes.
La volatilité reste la même.
Les pressions sont les mêmes.
Ce n'est pas l'environnement qui change.
C'est le niveau de préparation.
Certaines entreprises ont compris que l'énergie est un facteur stratégique qui influe sur les marges, les prévisions et le positionnement sur le marché.
Et il y a des entreprises qui continuent de considérer cela comme un contrat que l'on signe pour ensuite l'oublier.
Le marché ne récompense pas les bonnes intentions.
Cela favorise la structure.
Et compter sur un vent favorable n'est pas une stratégie.
C'est l'espoir.
Une entreprise ne peut pas fonder ses résultats financiers sur de simples espoirs.
Elle peut le faire en s'appuyant sur son jugement, ses politiques et ses systèmes.
Et c'est là qu'on voit qui a pris la barre… avant de lever l'ancre.
